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Pourquoi est-on du soir ou du matin ?

UN PREMIER réveil interne « sonne », sans qu’on l’entende, environ une heure avant que l’on ne se réveille. Il déclenche la sécrétion d’une hormone, le cortisol, qui va entraîner l’augmentation de la concentration de sucre dans le sang. Progressivement, la température du corps, sous l’effet de cet apport d’énergie, va augmenter. Le cerveau va changer de rythme. Le corps va envoyer des signaux de faim, et l’horloge alimentaire sonne à son tour. En l’absence de réveil externe, nous allons ouvrir les yeux à la fin d’un cycle de 110 minutes de sommeil, le quatrième ou cinquième de la nuit. Chaque cycle enchaîne sommeil lent léger (45 minutes), sommeil lent profond (45 minutes) et sommeil paradoxal (20 minutes). Sur une nuit de 4 cycles, nous aurons donc dormi trois heures d’un sommeil lent léger, trois heures d’un sommeil lent profond, et une heure vingt d’un sommeil paradoxal. Mais chacun sait qu’il y a de gros et de petits dormeurs. Et que l’on peut être du soir ou du matin.
Il est possible de savoir pré­cisément à quelle catégorie on appartient en répondant au questionnaire dit de Horne et Ostberg, du nom de ceux qui l’ont mis au point (facile à trouver sur Internet). Il sert à évaluer si l’on est « matinal extrême » ou « matinal simple », « neutre », « vespéral simple » ou « vespéral extrême ». Il existe également quelques tests simplifiés dits de matinalité-vespéralité. On estime qu’environ 15 % de la population est vraiment matinale (réveil à 6 heures du matin) et que 15 % est du soir (coucher après 1 heure du matin). Les 70 % restants naviguent entre ces deux catégories.
Être du soir ou du matin comporte de vraies différences physiologiques. Les sujets matinaux ont une vigilance, des performances psychiques, sensorielles et motrices maximales au réveil. Elles décroissent ensuite progressivement jusqu’à un nouvel endormissement. Pour les sujets vespéraux, le réveil s’accompagne d’une élévation modérée de la vigilance. Les performances augmentent en­suite tout au long du jour pour culminer dans les heures qui précèdent une nouvelle nuit de sommeil. Conséquence, un « matinal extrême » ne supportera pas longtemps un travail de nuit tandis qu’un « vespéral extrême » le recherchera.
On peut également déterminer son type en laboratoire du sommeil, en étudiant les relations entre la courbe de la température corporelle et celle de la mélatonine, l’hormone produite la nuit. Un matinal aura ses deux courbes superposables, tandis que chez quelqu’un du soir, elles seront dissociées.
Un lien possible avec le mois de naissance
Ne pas comprendre ces phénomènes empêche les scientifiques de dormir. Les contrôler pourrait permettre de mieux lutter contre les troubles du sommeil, mais aussi contre nombre d’autres pathologies, comme la dépression par exemple (lire ci-dessus). On peut ainsi maintenant expliquer que les infarctus du myocarde frappent le plus souvent vers 10 heures du matin, car la tension artérielle est à son maximum et le sang est plus visqueux.
Pour cela, il faut décortiquer les différentes horloges biologiques internes qui régulent nos rythmes biologiques. C’est l’objet de la science qui s’appelle chro­nobiologie. Toutes nos fonctions biologiques, digestives, rénales, respiratoires, nerveuses, endocriniennes, etc., obéissent à des rythmes. Ceux-ci peuvent épouser les heures de la journée, ils sont alors dits circadiens, ou suivre par exemple les saisons (ils sont alors dits infradiens).
Le rythme circadien est, chez l’homme, d’environ 25 heures, comme l’ont démontré des expériences de vie « hors du temps ». Ainsi, Michel Siffre, enfermé dans une grotte sans repère temporel, s’est spontanément « calé » sur des journées de 25 heures. Le fait que nous vivions sur un rythme de 24 heures indique donc que nos horloges internes se remettent constamment à l’heure.
Une récente étude internationale a montré que l’un des plus importants facteurs de cette remise à l’heure est le « temps solaire » local, plus que le « temps social » déterminé par les fuseaux horaires. Selon que l’on est au début du fuseau horaire ou à sa fin, bien qu’étant à la même heure, nos horloges se caleront différemment en fonction du soleil. On sait que ces horloges sont génétiquement contrôlées. Ainsi, on connaît quelques gènes qui semblent impliqués dans la vitesse à laquelle elles tournent. On a pu modifier la durée du rythme circadien chez des animaux de laboratoire, le faisant passer de 24 à 20 heures, en agissant sur un gène.
Les plus récentes études indiquent qu’être du soir ou du matin aurait également une composante génétique héréditaire. Mais de vastes études statistiques menées sur des populations adultes ont révélé un point surprenant. Ce phénomène semble influencé par le mois de naissance. Les personnes du soir sont plutôt nés en mars-avril, et les matinaux sont plutôt nés en septembre-octobre. La durée du jour pendant la grossesse ou la période périnatale aurait ainsi une influence importante.

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Agnès Verfaillie.

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